Pour ces Révélations, notre thème est la
mer, le temps et la mémoire. C’est un univers
bleu indigo dont le fil conducteur est un conte
populaire : Urashima Tarô.
La mer nous offre mille ressources.
Matrice de la vie, elle est mère nourricière et
dans son ressac, certains objets demeurent.
Abandonnés à la nature, ils sont comme lavés,
sculptés par le sel, le soleil et le temps, à la
manière du bois flotté et du verre poli par
les vagues.
Le temps travaille et transforme la mémoire.
Il ne garde que l’essentiel, et parfois, dans nos
mémoires, ne demeure qu’un regard. Lointain.
Aiguisé. Un regard qui vous pousse à agir.
L’histoire d’Urashima est l’une des plus
anciennes légendes japonaises. Son origine
est perdue. Célébrée dans plusieurs régions
et sanctuaires au Japon, il en existe de
multiples versions. Mais la trame demeure
similaire et de génération en génération, elle
nous rappelle la valeur du temps qui nous
est donné, la nécessité de faire des choix,
le temps qui passe inexorablement, qu’on
voudrait rattraper, tandis qu’il est perdu à
jamais. Urashima est un homme dont la vie
s’est écoulée si vite qu’il ne l’a pas vu passer.
Lorsqu’il en prend conscience, il est déjà vieux.
C’est une morale cruelle, mais elle vaut d’être
contée aux enfants.

Nous vivons nous-mêmes dans l’illusion
d’avoir tout notre temps. Comme le monde
sous-marin du conte fascine Urashima de ses
divertissements, au point qu’il en oublie ses
vieux parents, l’ère du numérique et ses facilités
nous encourage à oublier toujours plus
l’usage de nos mains. Le monde a tant changé,
que tels Urashima, les anciens ne le reconnaissent
plus. Le musée des arts populaires, qui
va bientôt rouvrir sous la forme d’un musée
de l’artisanat, nous rappelait ce changement
de paradigme avant sa fermeture définitive.
Urashima est une allégorie de la fatalité
d’une prise de conscience trop tardive. Mais
qu’il s’agisse de la disparition des espèces
animales, des langues, des cultures populaires
ou des artisans, si la tragédie peut sembler
inexorable, elle l’est d’autant plus qu’on tarde
à agir.
En travaillant sur le thème d’Urashima,
Peace Winds et Kaleido Design, appellent à la
discussion et à la réflexion, moment charnière
dans le domaine humanitaire, entre l’indifférence
et l’action.
Ce temps pourra être prolongé à l’Espace
MA, qui continuera d’exposer les créations des
artisans de Saga jusqu’à la fin du mois de mai.

Anna Brot-Takino
Kaleido Design